Tibet




La fascination des Russes pour le Tibet



































Une jeune Tibétaine chez les pionniers: un poème issu d'un recueil sur l'Artek

ДЕВОЧКА ИЗ ТИБЕТА

Ещё недавно не мечтала
Она попасть в СССР.
Багряный галстук не видала,
Не знала слова "пионер".

Дочь бедной прачки из Тибета -
Теперь свободный человек.
Она с отрядом в это лето
К друзьям приехала в Артек.

Шагает девочка дорожкой,
На горы дальние глядит,
В ушах зелёные серёжки
И красный галстук на груди.

Вдоль белых дач тропой широкой
Она опять спешит туда,
Где Пушкин со скалы высокой
Прощался с морем навсегда.

Где волны бьются, как живые,
В глубоком гроте в полумгле
"Прощай, свободная стихия..."
Сияют буквы на скале.

...Когда весь лагерь утихает,
Темнеет неба синева,
Она учебник открывает
И учит русские слова.
Le grand peintre, écrivain mystique et explorateur du Tibet Nicolas Roerich (1874-1947) (père du tibétologue Youri Roerich), fasciné par Shambhala.

«Nicolas Roerich était un homme qui apportait la gloire à notre peuple; il est un représentant de notre civilisation et de sa culture, l’un de ses piliers.» (Mikhaïl Gorbatchev)

Nikolaï Konstantinovitch Roerich avait découvert l’idée de Shambhala alors qu’il travaillait à la construction du premier temple bouddhiste construit en Europe. Personnellement en relation avec l’intelligentsia de la Russie prérévolutionnaire, Roerich devint un artiste hautement respecté et prolifique. Ayant étudié les travaux de Madame Blavatsky, Roerich croyait en l’unité transcendante des religions – à l’idée qu’un jour les bouddhistes, les musulmans et les chrétiens comprendraient que leurs dogmes respectifs étaient des enveloppes dissimulant la vérité cachée à l’intérieur. Entre 1925 et 1928, Roerich entreprit cinq expéditions remarquables à travers l’Asie centrale, se concentrant sur la région mystérieuse entre l’Oural et l’Himalaya, la zone considérée comme le cœur de l’Eurasie. Les traditions et les légendes rencontrées par Roerich dans ses voyages sont décrites dans ses livres Altaï-Himalaya, Au cœur de l’Asie et Shambhala.
Dans la tradition du bouddhisme tibétain, Shambhala est la terre cachée dans laquelle les enseignements de l’école tantrique du Kalachakra (la «Roue du Temps») sont préservés dans leur forme la plus pure. Roerich découvrit que la Shambhala du bouddhisme tibétain n’est pas très différente de la légende de Biélovodia préservée par les mystiques chrétiens russes. Un ancien de la secte des Vieux Croyants confia à Roerich:
«Dans des contrées lointaines, au-delà des grands lacs, au-delà des plus hautes montagnes, se trouve un lieu sacré où toute la vérité fleurit. Là on peut trouver la connaissance suprême et le salut futur de l’humanité. Et cet endroit est appelé Biélovodia, signifiant les eaux blanches.»
Nicolas Roerich raconta que lors d’une visite dans la capitale mongole Oulan-Bator dans les années 1920, il entendit des soldats révolutionnaires chanter:
«La guerre de la Shambhala du Nord
Mourons dans cette guerre
Pour renaître
Comme Chevaliers du Maître de Shambhala.»
Par «Shambhala du Nord», il faut entendre la Russie-Eurasie. Dans son livre Au cœur de l’Asie, Roerich définit Shambhala non tant comme un royaume à venir mais comme un événement – une nouvelle époque pour l’humanité, dont Shambhala et Biélovodia sont des symboles éternels:
«Vous avez noté que le concept de Shambhala correspond aux aspirations de notre plus sérieuse recherche scientifique occidentale… Dans leurs efforts, les disciples orientaux de Shambhala et les meilleurs esprits de l’Occident, qui ne craignent pas de regarder au-delà des méthodes désuètes, sont unis.»
Roerich ne douta jamais du rôle crucial que la Russie jouerait en associant la plus noble sagesse de l’Orient et de l’Occident. En Russie une nouvelle synthèse émergerait et un nouveau jour se lèverait pour l’humanité, ni exclusivement occidental ni complètement oriental, mais véritablement eurasien. En 1940, alors que le monde était plongé dans la guerre, Roerich discernait les premières lueurs d’une Nouvelle Ère et écrivait:
«Les Russes ont empilé de grosses pierres. À l’admiration de tous ils ont édifié non pas une tour de Babel mais une tour russe. Un Kremlin des porteurs de Soleil avec une centaine de tours! Écoutez: c’est l’avenir, et comme il est radieux!»
Un an plus tard, en 1941, il commentait:
«Le monde entier se précipite vers Armaguédon. Tout le monde est troublé. Tout le monde doute de l’avenir. Mais les Russes ont trouvé leur voie et comme un puissant déluge ils se dirigent vers leur avenir radieux.»









Les aventures de l'exploratrice Alexandra David-Néel fascinent aussi les Russes.





Piotr Badmaïev, le mystérieux Tibétain

«Saint-Pétersbourg … en 1905 était probablement le centre mystique du monde.» (Colin Wilson, The Occult)

Shamzaran (Piotr) Badmaïev était un Bouriate mongol qui avait grandi en Sibérie et qui s’était converti à l’orthodoxie russe avec Alexandre III pour parrain. Il acquit une influence considérable sur le ministère des Affaires étrangères et le tsar lui décerna le titre de conseiller privé. Badmaïev était renommé en tant que docteur en médecine tibétaine, herboriste, et guérisseur, qui traitait des patients de la haute société dans sa clinique à la mode de «médecine orientale» à Saint-Pétersbourg. Décrit par un historien russe comme «l’une des personnalités les plus mystérieuses du jour», et comme un «maître de l’intrigue», Badmaïev fut étroitement lié avec le guérisseur mystique Raspoutine.
Connu comme «le Tibétain», Badmaïev rêvait d’unir la Russie à la Mongolie et au Tibet. Il s’engagea lui-même dans d’innombrables projets, visant à la création d’un grand empire eurasien. La mission historique de la Russie, pensait-il, était en Orient, où elle était destinée à unir les bouddhistes et les musulmans pour contrer le colonialisme occidental. Badmaïev résuma sa vision en 1893 dans un rapport au tsar Alexandre III, intitulé «Les tâches de la Russie dans l’Est asiatique». Sa compétence politique considérable assura l’appui des tribus mongoles lors de la guerre russo-japonaise.
Dans une lettre du 19 décembre 1896, Badmaïev écrivait au tsar Nicolas II: «… mes activités ont pour but que la Russie doive avoir une influence plus grande que d’autres puissances dans l’Orient mongol-tibétain-chinois». Badmaïev exprimait une préoccupation particulière quant à l’influence de l’Angleterre en Orient, affirmant dans un mémorandum spécial:
«Le Tibet, qui – en tant que plus haut plateau de l’Asie – domine le continent asiatique, doit sans aucun doute être entre les mains de la Russie. En commandant ce point, la Russie sera sûrement capable de rendre l’Angleterre plus accommodante.»
Badmaïev connaissait la légende, populaire en Mongolie, en Chine et au Tibet, du «tsar blanc» qui viendrait du Nord (de la «Shambhala du Nord») et restaurerait les traditions à présent décadentes du véritable bouddhisme. Il rapporta au tsar Nicolas II que «les Bouriates, les Mongols et particulièrement les lamas … répétaient toujours que le temps était venu d’étendre les frontières du tsar blanc vers l’Orient …»
Badmaïev avait d’étroites relations avec un Tibétain haut placé, le lama Agvan Dordjiev, tuteur et confident du 13e dalaï-lama. Dordjiev identifiait la Russie au futur royaume de Shambhala, annoncé dans les textes du Kalachakra du bouddhisme tibétain. Le lama ouvrit le premier temple bouddhiste en Europe, à Saint-Pétersbourg, significativement dédié à l’enseignement du Kalachakra. L’un des artistes russes qui travailla sur le temple de Saint-Pétersbourg était Nicolas Roerich, qui avait été initié à la légende de Shambhala et à la pensée orientale par le lama Dordjiev. Georges Gurdjieff, qui eut un immense impact sur l’ésotérisme occidental, connaissait le prince Oukhtomsky, Badmaïev, et le lama Dordjiev. Gurdjieff, accusé par les Britanniques d’être un espion russe en Asie Centrale, était-il un élève des mystérieux Tibétains?
«Je suis en train d’entraîner de jeunes hommes dans deux capitales – Pékin et Saint-Pétersbourg – pour des activités ultérieures», avait écrit le Dr Badmaïev au tsar Nicolas II.
L’influence du «Tibétain» allait au-delà de la cour impériale, jusque dans l’intelligentsia russe et plus loin encore, dans le monde souterrain de l’espionnage et de la politique révolutionnaire. L’un des mouvements intellectuels à l’époque des bouleversements politiques de 1905 était nommé «l’anarchisme mystique». Deux de ses principaux représentants étaient les poètes et écrivains Viatcheslav Ivanov et George Tchoulkov, tous deux des relations du Dr Badmaïev. Tchoulkov, tout comme le «Tibétain», était décrit comme un médium inconscient transmettant de mystérieuses forces.





Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire